Une vie décente pour toutes et tous. Comment?

Hier, la Commission Européenne a publié une nouvelle communication: Une vie décente pour toutes et tous: mettre fin à la pauvreté et donner au monde un avenir durable. Il est encourageant de voir comment la CE embrasse un concept qui a été développé et promu par des pays comme le Brésil, la Colombie, le Guatemala, et bien d’autres: la durabilité environnementale et sociale ont besoin l’un de l ‘autre.

Il est agréable de lire : la CE confirme que «ces défis sont universels et interdépendants et doivent être relevés par tous les pays ensemble. » (À la page 2 de la communication.) Il est agréable de lire que la CE est en faveur d’ « seuil sous lequel aucun homme, femme ou enfant devrait chuter... ». (Page 9).

Mais ensuite vient la déception, lorsque le «seuil universel» se compose de «normes desquelles chaque citoyen pourrait exiger de son gouvernement d’en rendre compte. » (Page 9). Tout citoyen envers son gouvernement? Mais où est passé « par tous les pays ensemble»? Que faire si un gouvernement est trop pauvre?

Ce défi associé ne peut être résolu si « par tous les pays ensemble» est pris au sérieux. Prenons la durabilité environnementale d’abord: nous savons que l’émission de dioxyde de carbone par l’humain a atteint un niveau sans précédent de 33 milliards de tonnes par année, et que cela dépasse la capacité d’absorption de la planète – ce n’est pas durable. Visons un objectif de 25 milliards de tonnes par année, soit 3.125 tonnes par personne et par année, si la population mondiale atteint 8 milliards d’habitants. Maintenant, nous disent les experts, selon The Guardian, une tonne devrait couter 25-40€ pour « inciter les entreprises à modifier leur comportement. » Donc décidons ensemble que tous les pays doivent payer une «prime de dissuasion» de 30€  pour chaque tonne émise au-delà de 3,125 tonnes par personne et par année. Maintenant, mettons ces primes dans le  Fonds Vert pour le Climat à créer conformément à un accord conclu à Cancun en 2010. Selon nos estimations (voir ‘Green Social Fund’) cela se traduirait par un Fonds Vert pour le Climat de 464 milliards € par an.

Si les gouvernements font payer les primes de dissuasion par les pollueurs, il serait presque certain que ces primes encourageraient les grandes industries à modifier leur comportement. Mais certains d’entre eux vont tout simplement essayer de s’installer dans des pays qui sont encore loin de la cible de 3.125 tonnes par personne et par an. Comment peut-on encourager un pays comme le Mozambique, par exemple, de refuser les industries polluantes? Les émissions de dioxyde de carbone du Mozambique s'élèvent à 0,1 tonnes par personne par an ; ce pays peut accueillir pas mal d’industries polluantes, qui peuvent être prêts à payer pas mal d’impôts, tant qu'ils ont à payer moins de 30€ par tonne de dioxyde de carbone émise.

Peut-on demander des pays comme le Mozambique d’éloigner les industries productrices de dioxyde de carbone, si ces industries sont prêtes à payer des impôts permettant aux gouvernements de soutenir «une vie décente pour toutes et tous»? Non, nous ne pouvons pas. Mais nous pouvons offrir quelque chose de mieux. Nous transformons le Fonds Vert pour le Climat (voir ‘Green Social Fund’) en Fonds Vert et Social de 464 milliards € par an, et des pays comme le Mozambique recevront 90€ par personne et par année – ou 30€ par tonne en dessous de la cible de 3,125 tonnes par personne et par année – à consacrer à «une vie décente pour toutes et tous». Ce Fonds Vert et Social pourrait facilement financer le Fonds Mondial pour la Santé
que nous proposons, et un Fonds Mondial pour l'Education, et un Fonds Mondial pour l'Alimentation.

Pour l'habitant moyen de la Belgique, il en coûterait environ 200€ par personne et par an. C'est moins que les 300€ par personne et par an que nous coûterait la promesse que nous avons faite il y a un demi-siècle – de consacrer l’équivalent de 0.7% de notre Produit Intérieur Brut à l’aide internationale – il ne coûterait pas plus que ce que nous avons déjà promis. Il serait plus efficace que l'aide erratique que nous donnons aujourd'hui, il permettrait de lutter contre le réchauffement climatique. L’œuf de Colomb, quoi!